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Muad'dib, Chef des Forbans ~

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Message Sujet: Muad'dib, Chef des Forbans ~ | Jeu 15 Mar - 21:58

Muad'dib
~ Chef des Forbans ~



- Nom : Neyshar
- Prénom : Muad'dib, juste Muad pour les intimes…
- Sexe : Un beau garçon comme ça... Oui, forcément.
- Age : 25 ans

- Nature : Originaire
- Allégeance : Maison Harkonnen
- Classe : Chef des Forbans






Deux iris clairs, couleur de glace, se posèrent sur moi. Une lueur à la fois bienveillante et sévère passa dans ces deux diamants aux reflets célestes. Ils étaient bordés de cils noirs et surmontés de sourcils foncés, très légèrement arqués en avant dans une expression sérieuse : il donnait l'impression de me jauger.
Percevant ma déglutition nerveuse, il fit apparaître sur ses lèvres claires et délicatement dessinées un sourire discret. S'il semblait sincère dans sa volonté de me rassurer, ses yeux aigue marine ne pouvaient se défaire de leur clarté dure, de leur lumière glaciale et perçante.
De plus son nez fin, pointu et à l'arrête fort droite ajoutait à son petit côté rigide.
Son menton et le pourtour de sa mâchoire inférieure étaient soulignés d'une fine barbe qui semblait dessinée à la règle et s'allongeait très légèrement au milieu.
Un col largement ouvert laissait entrevoir sa peau claire, toute aussi apparente sur ses avant bras. Environ cinq centimètres au dessus des épaules de sa chemise blanche - dont il avait retroussé les manches jusqu'aux coudes - tombaient des mèches ondulées de cheveux couleur de jais. Il retira ses mains de ses poches, dévoilant une main gauche gantée de cuir et une imposante bague de métal à l'annuaire droit, passa sa dextre dans sa chevelure en la dérangeant quelque peu et s'approcha.

Sa démarche plutôt décontracte sans être nonchalante ne me surpris pas : elle s'assortissait parfaitement à son allure à la fois charismatique, aisée, et noble. Il me tendit la main droite avec un sourire chaleureux. Je la serrai avec hésitation.
Visiblement, il sentit ma légère réticence : les Forbans devaient sans doute rechercher des gens motivés et sûrs d'eux, aussi la conviction que je mis dans cette poignée de main eut pour lui un goût de trop peu. Je le sais car il eut un rictus de déception assez discret : assombris par ses sourcils froncés, son regard perdit de sa lueur pendant un quart de seconde. Ses narines eurent un tic nerveux presque imperceptible et sa langue passa rapidement sur sa lèvre supérieure.

Cependant, sa propre inquiétude ne s'afficha pas bien longtemps. Très vite, il reprit son attitude détendue et fit réapparaître la liesse sur son visage clair et accueillant. Il porta sa main gantée à mon menton et m'adressa un clin d'œil professionnel :

« Pas de doute à avoir, jeune fille… Les Forbans t'ont choisie, tu n'es pas là sans raison. »

Puis il tourna les talons et s'éloigna, me laissant seule avec les hommes qui étaient venus me quérir dans mon étroite ruelle insalubre et venaient de me présenter à leur chef.

Depuis, je suis chez lui chez moi.



Kohyn'lu, anciennement Ondine « la Chapardeuse » ~






Je respecte énormément ce jeune homme. Sa détermination, son courage, sa bienveillance devraient nous servir d’exemple à tous.
Les gens ont tendance à croire que les Forbans ne peuvent être dirigés que par un personnage sévère, sombre et cruel : ils nous voient comme des assassins de l’ombre, sanguinaires et peu scrupuleux. Mais Muad’dib incarne toutes les valeurs que nous voulons réellement protéger : la justice, la paix, mais aussi l’indépendance. Il n’apprécie pas les méthodes de la maison Harkonnen qui fait tout pour creuser les écarts et plongent les populations les plus démunies dans l’oubli et l’insignifiance.
En plus d’être quelqu’un de généreux, Muad’dib est optimiste et jovial. Des périodes sombres, il en a : il endosse un rôle qui n’est pas facile et perd souvent des siens, mais il possède un enthousiasme motivant. Son dynamisme est d’ailleurs caractéristique du zèle dont il fait preuve dans son travail.
Son jeune âge ne lui a jamais posé problème car il sait parfaitement imposer ses idées et diriger les autres, au moins aussi bien qu’un chef plus expérimenté saurait le faire. Son éloquence y est pour quelque chose : il manie fort bien les mots et possède un charisme certain. D’ailleurs, il est souvent plus facile pour lui de négocier avec des femmes puisqu’elles se laissent aisément séduire par son charme juvénile, distingué et un peu rebelle sur les bords. Enfin, pas toutes.

Je me souviens avoir assisté à un sympathique banquet en sa compagnie. Peu importe la raison pour laquelle il avait été organisé, Muad’dib avait insisté à ce que tous les Forbans y participent. Il m’avait accueilli avec sa liesse habituelle et s’était lancé dans l’éloge de tous les merveilleux mets qui étaient alors disposés sur les tables… Je compris assez vite qu’il avait entamé les apéritifs avant que je n’arrive mais cela ne faisait que mettre en valeur son caractère naturel : même dans la plus sage des sobriétés, il était chaleureux et amical, peu contraignant dans ses affaires personnelles, bien que toujours très réfléchit et appliqué dans sa profession.

Cela dit, je ne voudrais pas que vous vous leurriez : ce n’est pas un enfant de chœur ! S’il se montre si attachant avec ses Forbans, il est loin d’être aussi sympathique avec ses ennemis. Des riches marchands frauduleux de la Maison Harkonnen aux affreux gangs qui lui mettent des bâtons dans les roues, ce jeune homme téméraire ne se laisserait stopper dans sa quête de justice pour rien au monde et ne craint pas de se salir les mains pour atteindre son but. Exécuter froidement ses adversaires n’est pas pour lui un plaisir mais il sait le faire lorsque c’est nécessaire et a rarement des scrupules. Il a subit suffisamment de choses dures et a été bien assez confronté à la mort dans son existence pour ne plus être vraiment sensible à cela.
Jamais je n’en saurai tout à fait certain mais je crois que Muad’dib ne craint pas la Fin.

Plus tôt, j’ai parlé de ses quelques périodes sombres. Sa vie est loin d’être emplie de bonheur et de simplicité, aussi lui arrive-t-il de devenir quelque peu taciturne. Il essaye alors maladroitement de cacher son tourment mais cela n’est jamais très efficace. Je crois qu’il redoute l’idée que ses Forbans perdent leur confiance en lui et cessent d’être encouragés par son dynamisme. Il a pourtant tord de se faire tant de soucis, car nous lui sommes très fidèles.

Vous voulez des défauts ? Et bien, je ne le connais pas vraiment sous un angle propice à vous décrire ses tares, mais je sais qu’il déteste être contredit. Cela ne lui arrive que très rarement puisqu’il est une sorte de « chef suprême », mais il arrive que ses conseillers les plus proches jugent nécessaire de lui faire connaître leur réticence vis-à-vis d’un de ses projets. Même s’il est prêt à les écouter, il n’apprécie pas que l’on croit avoir tout saisit de son réel but, de ses convictions et de sa façon de procéder. Si cette assurance est aussi une excellente qualité, il peut s’avérer dangereux de croire que sa vision des choses est toujours la meilleure.
Enfin, j’ajouterai que, si sa générosité est appréciée du peuple, il me donne parfois l’impression de ne pas se rendre compte que les sommes d’argent qu’il leur verse sont exorbitantes.

Mais après tout, il sait ce qu’il fait.



Gashkan Der, anciennement Edvard Doxis, dit « le Silencieux »
Second conseillé de Muad’dib et ami proche. ~






- Équipement : Muad'dib voyage la plupart du temps avec une chemise blanche dont il retrousse les manches jusqu'aux coudes ou une sorte de haut ample et confortable (s'apparentant à un t-shirt mais le mot existe-t-il ?..). Il porte toujours un pantalon foncé rentré dans des bottes de cuir noires assez imposantes et retenu à la taille par une ceinture aux multiples boucles d'argent. Le jeune homme a très souvent un manteau noir au large col qui lui descend jusqu'aux genoux. Pour finir, Muad'dib ne quitte jamais, si ce n'est ses deux gants, du moins celui qu'il porte à la main gauche, et rarement son chapeau haut-de-forme.
Pour ce qui est des armes, il se contente d'un petit poignard à sa ceinture…

- Ambitions : Muad’dib oeuvre en parallèle avec le baron Harkonnen qui lui a plus tendance à creuser les écarts pour se permettre de vivre dans le luxe. Ce que Muad'dib désire le plus haut monde, c’est parvenir à établir une justice, un partage des richesses, et ce par n’importe qu’elle voie. Il est prêt à vivre dans l’illégalité, la clandestinité et la discrétion pour cela. Il désire donc mener ses Forbans de la meilleure façon qui soit et agir en justicier.

- Famille et proches : Son père est quelque part en train de chevaucher un ver géant, sa brave mère est au Ciel, tout comme ses grands-parents (paix à leurs âmes). Hormis cela, il est fils unique, bien qu'une certaine Flûte se plaise à le traîter comme son grand frère. (Et non, elle n'est pas morte : ils se sont même retrouvés !)

- Compétences : Muad'dib se débrouille bien au corps à corps puisqu'il est pourvu d'une grande agilité. Il manie fort bien les lames courtes mais ne se bat pas si souvent puisqu'il est toujours accompagné d'hommes plus guerriers que lui. Son truc, c'est plutôt l'espionnage, la diplomatie et l'escamotage.


Dernière édition par Muad'dib le Dim 13 Jan - 20:15, édité 6 fois
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Message Sujet: Re: Muad'dib, Chef des Forbans ~ | Lun 19 Mar - 16:32

L'histoire de
~ Muad'dib ~







Soupirs ~

Horine était une jeune femme curieuse et ouverte. Elle avait toujours été attirée par les cultures des autres et, dès le premier jour où elle avait entendu parler des Fremens, elle était tombée amoureuse. C’était un amour vague, irrationnel, nourri par une profonde envie de voir autre chose que des gens comme elle.
Pourtant, elle était appréciée de bien des hommes de son entourage.
Julius Varonn, fils d’aristocrate, était un de ceux là. C’était un jeune homme fringuant, volage et impertinent, très populaire en conséquence. S’il avait tendance à enchaîner les conquêtes, il brûlait d’une grande attirance pour Horine depuis un certain temps.

« Je ne puis résister plus longtemps à la douceur de tes grands yeux de braise, à ta longue chevelure ondoyante qui danse à ta suite lorsque tu passes devant moi, pas plus qu’à la délicate couleur caramel de ta peau. Ma très chère Horine, ton visage me hante, aucune femme ne peut te vaincre, toi, la déesse qui garde mon cœur prisonnier. […]


Julius ♥ »



La jeune femme avait vite fait de jeter cette lettre au feu, refusant de succomber aux avances d’un coureur de jupons.
Le rejet d’Horine ne fut pas sans déplaire à Julius qui se cru entrer dans un jeu de séduction digne de ce nom et insista, toujours plus subtile et charmeur dans ses missives.

Leur correspondance à sens unique en était à plus d’un an d’ancienneté quand Cepht d’Astden, marchand Fremen, fit son apparition. C’était un grand homme, à la carrure large et musclée, présentant un teint pâle et des yeux de glace. Son visage à la fois fermé et digne apparu à Horine comme une marque de noblesse d’âme. Bien que de huit ans son aîné, elle devint vite folle de cet homme exotique et mystérieux qui n’avait de cesse de lui lancer des regards concupiscents lorsqu’il négociait avec son père et qu’elle se trouvait être dans les parages. Cepht ne resta que quelques semaines à Arrakis, mais il avait souvent affaire au père de Horine qui avait déjà eu des relations avec sa famille et avait besoin de ses produits.
Quelques semaines ; cela suffit à faire naître une relation fougueuse et brûlante entre la jeune femme, déraisonnée et désespérément amoureuse, et le marchand Fremen, peu craintif du péché de chair. Cela suffit également à attiser la jalousie chez Julius –n’oublions pas ce cher Julius- qui supportait difficilement la concurrence, et plus précisément celle d’un homme probablement marié, fort, suffisant et de surcroît sans vergogne. Mais Horine, aveuglée par les larmes, envahie d’un chagrin et d’une haine des plus violentes lors du départ de Cepht, ne remarqua même pas que son coriace prétendant avait cessé de lui écrire.

Tout cela vous semble décousu et inintéressant, n’est-ce pas ? « Que fait Muad’dib, dans tout cela ? », songez-vous ?
Et bien ne soyez pas trop impatients, l’histoire va se compliquer. Et s’assombrir, également.



Larmes ~

Une sorte de sentiment de dégoût, d’impureté, de vice s’empara de Horine lorsqu’elle vit son corps se métamorphoser : son ventre enfler, ses membres s’élargir et sa peau se zébrer de marques indélébiles. Comme si quelque chose de visqueux et de gluant était en train de grandir en elle et de garder jalousement tout ce qu’elle ingérait pour sa propre survie. Mais ce n’était qu’un enfant. Une personne à part entière qu’elle était en train de concevoir sagement, par la merveille de la nature.

C’était un bel enfant, un être parfait, parce qu’il était un petit morceau d’elle.
Et c’était un monstre infernal et terrifiant, parce que celui qui était à son origine était parti et ne reviendrai pas.

Horine sombra dans une sorte de folie à double face : quelque fois, elle était en extase lorsqu’elle sentait son enfant bouger, elle lui parlait et caressait son ventre avec délicatesse. D’autre fois, elle fondait en larmes de rage et se griffait la peau, tentant désespérément de déchirer cette enveloppe et de faire sortir le monstre. Son père et sa mère ne savait que dire, ni que faire.

« Aimera-t-elle cet enfant ? » se demandaient-ils terrorisés par les réactions de leur fille.

Julius, quant à lui, devint mutique.

Willan Neyshar naquit un jour pluvieux. Ce n’avait rien d’une pluie torrentielle tombant à grosses gouttes des épais nuages noirs qui assombrissent soudainement le ciel, ce qu’on peut apprécier. Non, c’était un jour où le ciel était blanc, l’air frais et les chemins humides et où une petite pluie fine venait humecter les toits, la terre, et les malheureux passants. Un temps que tout le monde déteste.

L’enfant poussa son premier cri dans une chambre peu éclairée dans laquelle Horine Neyshar était restée alitée toute une semaine. Gloria, sa mère, bénéficiant de quelques connaissances en médecine, la fit accoucher convenablement et, à sa sortie, emmaillota le nouveau-né. Elle le serra contre elle. Sourit à son minuscule visage poupin. Le berça doucement.
Comme pour lui offrir dès sa naissance tout l’amour que sa mère était sensée lui apporter et qu’elle n’apporterait pas. Sans doute pas. Peut-être pas.
Elle posa un regard inquiet et triste sur sa fille à bout de souffle, tentant de savoir. De savoir si elle devait le garder contre elle ou le tendre à sa génitrice. Elle ne savait pas.
Horine, immobile et essoufflée, avait les yeux fermés. Aussi sa mère ne parvint-elle pas à sonder son esprit. Et dans le doute, elle embrassa son petit-fils.
Et descendit avec lui.

Willan était un bébé très réussit, quoi qu’un peu frêle. Durant toute la période où sa génitrice était bel et bien vivante, c’est sa grand-mère qui s’occupa le plus de lui.
Quelque fois, Horine venait se pencher sur son berceau et lui caressait tendrement les joues. Elle lui chantait des comptines, elle le câlinait, elle jouait avec lui et tous deux s’assoupissaient près de la cheminée.
En réalité, jamais la jeune femme ne se montra être une mauvaise mère. Jamais elle ne versa une larme de honte, ou de haine, ou de peur en le regardant. Jamais elle ne porta la main sur lui. Jamais elle ne refit de ce genre de crise. Et malgré tout, Gloria frissonnait chaque fois qu’elle s’entendait dire « Horine, ma fille, il est l’heure de l’allaiter. »
Horine, elle, ne se plaignit jamais de la protection abusive de sa mère envers son fils. Son fils à elle.
Lorsqu’elle la voyait faire son travail, elle souriait puis disparaissait dans sa chambre.

Il semblait qu’elle aimait Willan. Mais pas comme une mère.


Sang ~

C’est une histoire bien bête. Un personnage déraisonné, des sentiments violents, des circonstances, des gestes. Et des conséquences tragiques.
C’est à croire que personne ne veille sur nous.



Horine Neyshar mourut une après-midi ensoleillée. Ce n’avait rien d’un soleil de plomb assommant lourdement toute âme qui vive, que l’on ne peut que détester. Non, c’était une après-midi où le ciel était bleu, l’air doux et les chemins secs et où les bons rayons du soleil venaient délicatement caresser les toits, la terre et les bienheureux passants. Un temps que tout le monde apprécie.

Julius Varonn était le seul dont le corps était consumé. Consumé de désespoir, de violence et de haine. Personne ne fut là pour l’arrêter, empêcher cet acte de se produire.

Ah, et dire que le denier geste de cette jeune femme, dont tout le monde craignait la folie et le manque d’instinct maternel, en qui personne n’avait confiance pour prendre soin de son enfant, dire que son dernier geste fut le plus protecteur qui soit ! Même au moment de s’écrouler au sol, elle plaça ses bras autours du corps de Willan pour qu’aucun de ses membres ne heurte le plancher. Jusqu’au bout, jusqu’à la dernière seconde, elle fit tout ce qu’il fallait.
Et Willan n’eut pas une égratignure.

Ce simple geste fut une vision fatale pour l’assassin qui hurla sa souffrance avant de mettre fin à ses jours.

Quand je vous disais que l’histoire allait s’assombrir…






Danger ~

Willan était, il faut le dire, un bâtard. Et en plus d’être le fils d’un Fremen dont personne ne se souvenait plus, sa mère, honnête à l’origine, n’avait jamais rien fait de sa courte vie.
Aussi, ses grands-parents étaient la seule chose qui lui permettait d’avoir une vie convenable. Sa famille avait prêté allégeance à la Maison Harkonnen depuis plusieurs générations et Gloria avait tenu à ce que les origines de son petit fils demeurent secrètes, afin qu’il ne soit pas rejeté ni déshonoré et par conséquent qu’il ait l’occasion de devenir un marchand aisé.

Ainsi, tout allait bien pour notre ami.


Willan sauta du haut du muret et se réceptionna adroitement sur ses deux jambes. Il se remit à courir, fier de lui, en progressant dans une petite ruelle pavée qui se frayait un chemin à travers des habitations précaires aux murs moisis.

« Il ne va jamais me trouver ! » songea-t-il satisfait, laissant échapper un rire moqueur.

Au bout de quelques dizaines de mètres, il s’arrêta, penché en avant, les mains appuyées sur ses genoux, hors d’haleine. Il releva ensuite la tête, fit une légère grimace et regarda vaguement autour de lui. La lenteur à laquelle l’idée qu’il s’était aventuré dans un endroit tout à fait inconnu - et donc dangereux - lui vint à l’esprit dépasse l’entendement… L’inquiétude qui était sensée monter en lui à la vitesse de l’éclair ne fut d’ailleurs pas plus rapide. Il passa la main sur un mur et se mit à marcher lentement, toujours dans la même direction, dans l’espoir de trouver une indication… Et puis il déboucha sur un quartier en contrebas du centre d’Arrakis, agité, voire même grouillant, mais aussi crasseux, sombre, bref : douteux. Il épousseta sa veste machinalement, sans même regarder ce qu’il faisait, jeta un coup d’œil en arrière – il était alors piégé entre deux sensations : la peur que Fuchs ait réussi à le suivre jusque là et ait donc gagné la partie et l’envie de pouvoir distinguer au milieu de cette foule un visage familier – puis sorti de sa poche intérieure une montre à gousset joliment ouvragée.

Mais à peine eut-il le temps d’appuyer sur le bouton qui permettait de l’ouvrir qu’une large main gantée saisit son poignet et le pressa si fort qu’il lâcha prise. La montre tomba dans une seconde main qui l’engloutit avec fermeté. Willan eut un sursaut qui le tira en arrière, accentuant la douleur. Il leva les yeux sur le visage d’un homme mûr à l’air mauvais qui arborait un sourire sadique.

« Tiens tiens tiens, c’est une belle prise qu’on a là… T’as eu ça où, petit ? »

Willan tenta de se débattre mais en vain : il ne parvint qu’à se tortiller de manière pitoyable alors que son avant bras droit restait figé. Il essaya de dégager sa main avec sa senestre mais il était bien trop faible.

« Arrête de faire la fillette, gamin, j’te lâcherai pas tant que tu m’auras pas donné tes aut’ breloques… »
« J’ai pas d’autres breloques ! » lança-t-il avec insolence, certes, mais pas assez de courage pour ajouter une insulte.

Le quadragénaire fit tomber son sourire et plaqua Willan contre un mur, lui tordant le poignet et approchant son immonde visage de celui du garçonnet.

« Pas la peine de m’mentir, gueule d’ange, tu empestes le gosse de riche ! » pesta-t-il. Willan ne put s’empêcher de laisser apparaître son dégoût. L’agresseur le jeta à terre en un geste.

« Ah, je t’écœure, hein ? C’est sûr que tu dois pas êt’ habitué à voir des gens qu’ont pas les moyens de se faire des p’tites toilettes tous les jours ! » aboya-t-il avec mépris. « S’pèce de bourge… ».
Il saisit la veste de Willan par le col, l’arracha à son frêle propriétaire en un tour de main, puis s’éloigna après lui avoir élégamment craché dans les cheveux.

Le garçonnet resta couché dans la poussière et la boue pendant un petit moment, sentant la terre humide lui coller au visage et aux mains et le froid mordant lui griffer les bras. Un frisson procura une vive secousse à son chétif corps misérablement étalé dans la crasse. Il se releva difficilement, sans vérifier que son agresseur était bien assez loin, toussa en crachant les particules volatiles qui lui étaient entrées dans la gorge, puis se mit sur ses deux pieds, légèrement chancelant. Il essuya son visage avec le dos de sa main sans prêter attention aux passants curieux qui posaient des yeux effarés sur lui.
Puis il s’en retourna au centre d’Arrakis, honteux et couvert de saleté, terrifié à l’idée d’expliquer à son grand-père qu’on lui avait volé sa magnifique montre à gousset.

« Bah alors ? Tu t’es fait lyncher ? » se moqua Fuchs avec son rire stupide habituel.
« On m’a volé ma montre, crétin ! » se défendit Willan en accompagnant ses hargneux propos d’un regard assassin.
« J’parie que t’es allé te balader chez ces pouilleux des bas-quartiers ! Dis pas qu’on t’avait jamais prévenu : c’est tous des voleurs qui vivent dans des fanges ! » poursuivit le blondinet en s’écartant du chemin de son camarade. « Tu sais, il suffit d’y retourner avec deux hommes d’arme un peu impressionnants et tu la retrouves sans problème, ta montre ! »
« J’ai pas deux hommes d’arme un peu impressionnants, Fuchs… » souffla Willan en s’éloignant.


Curiosité ~

Willan entendit frapper à la porte de sa chambre.
« Entrez… » répondit-il sans cesser sa lecture.
Gloria entra, la mine enjouée.
« Pardonne-moi Willan, je voulais savoir si tu allais mieux. »
« Ca va, grand-mère. » dit-il en lui adressant un sourire rassurant. « Je ne tousse plus ! »
Les yeux de la vieille femme se posèrent sur la couverture du livre que tenait son petit fils et soudain, ils s’assombrirent.
« Que lis-tu ? » demanda-t-elle en dissimulant difficilement son trouble.
« Un livre sur la culture Fremen. Je les trouve passionnants : j’ai l’impression que je pourrai faire partie de leur communauté ! » il marqua une pause : son enthousiasme vis-à-vis de ce peuple se lisait sur son visage joyeux, comme s’il avait été plongé pendant des heures dans une lecture des plus captivantes. « Il paraît qu’ils ont les yeux très clairs, comme moi ! » remarqua-t-il.
Gloria se mit à tortiller son tablier nerveusement.
« Oui… Où as-tu trouvé ce livre ? »
« A la bibliothèque… »
La vielle femme s’approcha et vint s’asseoir sur le lit de Willan, embarrassée.
« Moi je n’aime pas ces gens. Tu sais que les Forbans, ces assassins des banlieues d’Arrakis, descendent d’une communauté de Fremen qui s’était installée près de la cité ? Ils ont gardé ces gènes de cruauté et de monstruosité. »
Willan ferma son livre, ne comprenant pas tellement où voulait en venir sa grand-mère.
« Crois-moi mon fils, tu n’as rien d’un Fremen ! ». Puis elle se leva précipitamment et redescendit. L’adolescent put entendre ses pas lourds et pressés dans les escaliers. Il posa le regard sur la couverture du livre, puis tourna la tête vers le miroir qui ornait le mur de sa chambre.
Il avait des yeux de glace.


Jeu ~

Willan s’assit sur le bord du muret, laissant ses jambes se balancer dans le vide. Il fixa le bout de la ruelle avec un sentiment mêlé de crainte et de curiosité. Il ne savait pas tellement pourquoi il était revenu ici mais il s’était promis de ne pas aller plus loin.
Le brouhaha incohérent des habitants des bas-quartiers parvenaient à ses oreilles comme une nuée d’insectes. Il baissa les yeux sur ses genoux, hésitant, et se perdit dans ses propres pensées.

Ce fut une petite voie fluette qui l’extirpa de ses songes.

« Hé ! Hé, toi ! T’es tout seul ? » Willan ouvrit les yeux sans bouger : son regard rencontra celui d’une fillette haute comme trois pommes, aux cheveux d’un roux flamboyant.
Il feignit de regarder autour de lui et répondit d’une voix à la fois cynique et sympathique :
« Tiens, ça alors ! Oui, on dirait… »
La gamine ne réagit pas à cette plaisanterie. Elle continua de le fixer de ses grands yeux noisette presque inquisiteurs.
« Bah viens jouer avec nous, c’est nul d’être tout seul ! »
« C’est qui, « nous » ? » demanda-t-il taquin.
« Bah moi et les autres ! On s’en fiche, viens, descends ! »
« Nan, je suis désolé, mais je peux pas aller là bas » dit Willan, un rictus faussement déçu sur son visage adolescent.
« Pourquoooooiiii ? » s’exclama la fillette, drôlement désappointée.
« Parce que, c’est comme ça ! » déclara le jeune garçon, commençant à perdre patience. Mais voyant les yeux de son interlocutrice briller d’une lueur accusatrice et hargneuse –c’était une lueur très vive- et ses joues se déformer en une moue insistante, Willan se sentit forcé de poursuivre.
Il n’était pas question de faire preuve de diplomatie. Il n’avait pas envie de lui mentir gentiment.
« Si j’y vais, je vais encore me faire voler quelque chose, parce que j’ai une tête de riche et que vous n’aimez pas ça, d’accord ? »

Et contre toute attente, la fillette… Sourit. D’un large sourire très satisfait.
« T’es bête, tout le monde se fait voler des trucs ! Il suffit de pas se promener avec des objets chers et tu peux aller n’importe où ! Et puis si tu viens pas, ça veut dire que t’es un lâche ! » déclara-t-elle avec fierté.

Willan se sentit bien entendu insulté.
« Hé ! Je suis pas un lâche, j’ai pas peur de vous ! »
« Bah prouve-le ! »
« Parfait ! » répondit-il en sautant du haut de son muret. « Je te suis ! »
L’enfant le prit par la main et se mit à trotter joyeusement. Elle s’arrêta brusquement à mi-chemin de la ruelle, se tourna vers sa proie et lui demanda :
« Au fait, tu t’appelles comment ? »
« Je sais pas, comme tu veux… Et toi ? »
Elle lui lança un regard noir.
« Moi c’est Flûte. Et toi tu t’appelleras « la souris », puisque c’est comme ça ! »
« La souris ? Pourquoi la souris ? » se moqua Willan.
« Parce que les souris… » Elle approcha son visage rond du sien. « … C’est peureux ! »

La flûte et la souris parcoururent plusieurs ruelles à vive allure, la première sautant par-dessus chaque tonneau, chaque bassine et esquivant chaque corde à linge, la seconde en ayant bien du mal à suivre et en se laissant traîner par la fillette. Ils arrivèrent à une place ombragée où un groupe d’enfants, tous d’une dizaine d’années, hurlaient en se tapant dessus.

Un garçon aux cheveux châtains s’approcha de Flûte et lui lança d’une voix forte et agressive.
« Hé, le but du jeu, c’était pas de ramener n’importe qui ! Tu devais nous trouver, nous ! »
« Je suis pas débile, Karl, lui, c’est « la souris », c’est mon nouveau copain ! »
Les deux garçons répondirent deux « Quoi ? » simultanés, bien qu’aux intonations différentes : Flûte se tourna vers Willan et lui adressa un sourire complice.
« Il a l’air beaucoup plus vieux que nous ! » constata le garçon après avoir rapidement toisé Willan.
« On s’en fiche, il est très gentil ! » se défendit la gamine plus pour ne pas perdre la face que par sincérité, ce qui arracha un rire amusé à l’adolescent.

Willan passa la fin de son après-midi assis sur un cageot à regarder ses congénères plus jeunes se lancer des balles et se courir après en confondant l’esprit bagarreur des garçons avec le jeu de séduction des filles. Flûte revenait régulièrement vers lui et tirait sur sa manche pour qu’il les rejoigne mais il déclinait chaque fois l’invitation, prétextant une migraine…
Au bout d’une bonne heure et demie, il leva les yeux vers le soleil et constata qu’il se faisait tard. Il se leva, épousseta son pantalon et s’éloigna en espérant ne pas se faire voir. Mais il n’eut pas le temps de faire plus de dix pas : Flûte accourut et l’arrêta en tirant sur le bord de sa veste.
« Tu t’en vas ? » demanda-t-elle surprise.
« Oui Flûte, je dois rentrer. »
Elle fit la moue puis s’accrocha à lui en serrant ses petits bras potelés autour de sa taille.
« Tu voudras bien revenir demain ? » suggéra la fillette d’une petite voix suppliante.
Willan se laissa attendrir mais demeura perplexe. Il afficha une expression gênée.
« Je ne sais pas, Flûte… »
Elle releva alors la tête et plongea son regard chaud dans les yeux bleus du jeune garçon.
« Mais on ne t’a rien volé ! Et puis tu vas me manquer. » Il mit un genou à terre et la prit par les épaules.
« Bon, d’accord. Tu viendras me chercher au muret en début d’après-midi, ça te va ? »
Flûte répondit par un gros câlin qui mis Willan encore plus mal à l’aise. Mais il lui rendit son étreinte.


Eveil ~

Le jour suivant, Willan arriva légèrement en retard : Flûte lui fit remarquer son manque de ponctualité par une grimace évocatrice.
« Ce n’est pas comme ça qu’on accueille les gens, Flûte ! » lui expliqua-t-il en ne plaisantant qu’à moitié. Après tout, il était venu pour elle.

« Bon alors, on va où ? Ils sont où tes copains ? »
Le visage poupin de la fillette s’assombrit.
« Je me suis disputée avec eux. »
« Qu’est-ce que t’as fait ? » demanda Willan après un court silence, à la fois exaspéré et soucieux.
« Ils ont voulu me prendre la pièce que quelqu’un m’avait donné. Ils disaient qu’il nous l’avait donné à nous tous mais c’est moi qui l’ai ramassée alors elle est à moi, non ? »
Willan fit un mouvement de la tête traduisant son hésitation.
« Baah… C’est vrai qu’une pièce, c’est difficile à partager… » remarqua-t-il comme pour lui donner raison.
« Papa m’a dit de ne jamais laisser passer une occasion de gagner de l’argent, même si c’est presque rien… » poursuivit-elle, la mine boudeuse.
Willan leva alors les yeux et regarda autour de lui. Des deux fois où il était venu ici, avait-il remarqué la misère dans laquelle vivaient ces gens ? Tous ces personnages, vêtus de haillons et à l’hygiène déplorable, ces habitations minuscules sans lumière, ces vieillards sans foyer et ses enfants pieds-nus qui s’amusaient avec des caisses et des morceaux de fer rouillés… Avait-il déjà remarqué l’aspect de la robe de fortune que portait Flûte, ce bout de tissu tâché sur lequel elle avait dessiné des fleurs au charbon ?
Peut-on vraiment devenir aveugle à ce que l’on ne veut pas voir ?
Il fut soudainement prit d’une profonde pitié. C’était de la compassion pour Flûte et de la pitié pour les autres. Durant sa réflexion, la fillette au prénom musical s’était mise à pleurer silencieusement. Il se pencha alors vers elle et l’enlaça pudiquement.
« Ne t’inquiète pas : les vrais amis ne restent jamais fâchés bien longtemps… »

Le lendemain, Willan eut une impression de déjà-vu. Flûte vint le chercher au pied du muret et lui expliqua succinctement qu’elle ne s’était pas encore réconciliée avec sa bande. L’adolescent comprit qu’elle était trop fière pour cela.
Tous deux s’assirent sur le pas d’une porte et se mirent à discuter de n’importe quoi. Le dialogue dériva à un moment donné sur les dernières trouvailles du père de Flûte qui avait vendu quelque chose de formidable à quelqu’un pour gagner de l’argent. Oubliant tout tact, Willan en profita pour se renseigner sur les conditions de vie de cette population qui le préoccupaient étrangement.

« Tes parents, ils ne font pas du marché noir ? »
« Bah, ils vendent des trucs, mais je sais pas d’où ils viennent. »
« Et, vous ne partagez pas les bénéfices, dans la communauté ? »
Flûte lui fit comprendre par un regard blasé qu’elle ne comprenait pas le mot « bénéfice ».
« Je veux dire, vous ne partagez pas l’argent ? »
Elle prit un air vexé.
« Non, ici, c’est pas mieux que chez les riches, on donne pas aux autres et on se débrouille ! »
« Ça, c’est ton Papa qui le dit tout le temps ! » comprit-il en lui frottant le haut de la tête. Elle secoua ses tresses et rougit.
« Y’a des gens qui travaillent ensemble pour que les riches de la ville, ils aient moins d’argent : c’est les Forbans. Mais on les voit pas beaucoup, et ils sont pas gentils : des fois, ils tuent des personnes… » souffla-t-elle.
Le cœur de Willan fit un bond.
« Oui, les Forbans, j’en ai entendu parler… En fait, c’est dommage qu’ils n’utilisent pas les moyens qu’ils ont à disposition pour combler l’écart de richesse entre vous et les bourgeois d’Arrakis… » pensa-t-il à haute voix, la fin de sa phrase s’évanouissant dans un murmure. Flûte fronça les sourcils avec insistance.
« Quoooii ? »
« Non, rien… » répondit l’adolescent en lui adressant un sourire éteint.






Renouveau ~

Gloria Neyshar disparu lorsque Willan avait 19 ans, emportée par une maladie étrange qui lui fit vivre des derniers jours de délire. Elle fut rejointe par son mari un an plus tard, qui, lui, s’éteignit doucement de vieillesse. Le jeune homme se retrouva alors avec leur commerce d’outils d’astronomie sur les bras, n’ayant suivi qu’une formation, certes intensive, mais dont il n’avait rien retenu. Si le décès de ces grands-parents l’attristait, il n’était pas –et n’est toujours pas- de ceux dont le chagrin submerge l’existence : selon lui, ils étaient plutôt très heureux dans un monde meilleur. Aussi son plus gros souci était, à cette heure, la façon dont il allait survivre. Il était à l’époque dans une école réputée d’Arrakis et n’avait parvenu à se bâtir une cagnotte personnelle que sur la pratique temporaire de métiers aussi divers qu’inutiles, ce qui ne lui servait pas à grand-chose.
Mais s’il lui manquait bel et bien de l’expérience, c’était surtout de motivation dont il avait besoin. Il était tourmenté depuis cinq longues années déjà par la pauvreté dans laquelle vivait les habitants oubliés d’Arrakis et ses convictions et désirs les plus profonds se rapportaient tous à la volonté de bâtir un monde juste. Un peu comme tous les jeunes, me direz-vous, mais sachez bien que Willan était une exception.
Flûte avait grandi et les deux amis se voyaient de moins en moins. Pourtant, le jeune homme se rendait souvent dans les bas-quartiers, à la fois pour accomplir son devoir de charité et pour étudier la situation.
Car Willan avait un projet bien particulier.

Le baron Harkonnen et son entourage de riches marchands avaient coulé nombre de commerces et depuis sa plus tendre enfance, Willan n’avait vu que le fossé se creuser entre bourgeois et petites gens. Cela avait pour conséquence de faire fleurir le marché noir mais aussi de faire augmenter la criminalité et baisser le niveau de vie des plus pauvres. Et si à l’origine, sa famille vivait aisément de son commerce, les dernières années avaient été plus rudes.
Aussi, faisant montre d’un grand esprit entreprenant mais aussi rebelle, Willan avait décidé de prendre les choses en main, mais dans l’ombre. Il était parvenu à se fondre dans la masse grouillante et toujours plus nombreuse des habitants des bas-quartiers et, progressivement, en utilisant le peu d’argent qui lui restait, à se rapprocher des Forbans.
Les borgnes au royaume des aveugles.

Sa diplomatie naturelle et son sens de l’arnaque –c’était inné chez lui- plut très vite au chef des Forbans de l’époque, surnommé… « Le Chef », et qui était loin de se douter de ses origines.

Le jour vint où Willan dû faire ses preuves pour intégrer, enfin, les rangs des Forbans.


Perte ~

« Pour résumer, tu vas devoir t’introduire dans cette usine de sidérurgie et ramener les plans d’une arme, celle que tu veux. Ce sera une preuve que tu mérites ta place chez nous et en plus, ça nous servira ! » conclut l’adjudant. « Compris, Will’ ? »
« Compris. » acquiesça Willan avec sérieux.

L’usine de sidérurgie de la famille Biarx était un vieux bâtiment usé qui ne payait pas de mine. Jamais on n’aurait cru qu’une telle construction pouvait être le théâtre d’exploits technologiques et que tout, à l’intérieur, était d’un métal scintillant de première qualité et présentait une suite d’engrenages complexes issus de la pointe de la discipline. Willan se laissa d’ailleurs piéger par les apparences.
« On va rien trouver d’intéressant, là dedans… » songea-t-il. Mais un des deux Forbans qui l’accompagnaient lui donna un furieux que coup de coude et le mit en garde : « Méfie-toi, gamin, on a des hommes qui se sont fait découper en rondelles, dans le coin ! ». Willan déglutit difficilement mais prit son courage à deux mains et brisa une des lucarnes du toit pour s’y introduire.

Quelques minutes plus tard, Willan se trouvait dans une pièce étroite et sombre où des dizaines de grandes feuilles épaisses s'entassaient, écornées, déchirées, griffonnées… Elles présentaient des armes de toutes sortes, travaillées au fusain et assidument légendées.
Le jeune homme ne se laissa pas impressionner trop longtemps : il choisit la première qui lui tomba sous la main et la glissa dans une poche.
Pendant ce temps, ses deux accompagnateurs faisaient un tour dans l'usine, histoire de trouver d'autres choses intéressantes…
Lorsque Willan sortit de la pièce, le bâtiment semblait toujours aussi vide qu'à leur arrivée. Mais en tentant de rejoindre ses compagnons sur la plateforme d'en face, il dû passer devant une porte d'où il entendit de grosses voix rauques. Le jeune homme tenta de garder son sang froid mais il avait peu de chance de ne pas se faire remarquer. C'est un grand et gras ouvrier qui ouvrit la porte et l'aperçu, bien que caché dans l'ombre.
Après avoir interpellé Willan d'une apostrophe peu convenable, il engagea le combat, comprenant qu'un homme qui prend la fuite est un homme qui n'a rien à faire là.

Willan esquiva le premier coup de l’attaquant qui se saisit d’une barre de fer et refit une tentative. Le jeune homme parvint à arrêter l’objet mais l’élan le fit reculer de plusieurs pas. L’ouvrier se servit de la tige métallique pour repousser Willan et le bloquer contre une monstrueuse machine qui s’activait derrière lui : il y parvint sans mal puisque bien plus grand que l’apprenti Forban. La violence avec laquelle le corps de Willan heurta la machine se fit ressentir dans un craquement de la colonne vertébrale alarmant. Le jeune homme fit une grimace mais n’abandonna pas la partie, il mit toute sa force dans ses bras pour retenir la pression de son adversaire.
Ce n’était vraiment pas le moment de faiblir : s’il se laissait basculer en arrière, il se retrouverait entre deux énormes lames dentelées capables de sectionner des barres d’acier. La lutte se fit de plus en plus dure et l’ouvrier était proche de la victoire. C’est à la dernière seconde qu’un des deux autres Forbans surgit derrière le sidérurgiste et lui asséna un coup de clef à molette à l’arrière du crâne. Sonné mais non assommé, l’ouvrier faiblit et Willan put se dégager en le repoussant sur le côté. Dans un dernier geste désespéré, le condamné agrippa le poignet du jeune Forban qui ne put agir jusqu’à ce que les deux lames s’abattent. Il hurla de douleur au moment ou les phalanges de quatre de ses doigts partirent avec l’ouvrier dont l’hémoglobine vint teinter largement le visage de Willan. Il ramena sa main droite sur sa poitrine et tenta d’étouffer le second cri qui lui remonta la gorge. Le Forban l’attrapa par la chemise et le traîna vers la sortie de l’usine en faisant de grands signes au troisième qui, lui, était en train de prendre du plaisir à achever un autre ouvrier.

Tous trois se retrouvèrent devant l’usine et s’empressèrent de prendre la fuite vers le domaine des Forbans, quelques kilomètres plus loin. Après cinq-cents mètres de course, les trois Forbans ralentirent et s’arrêtèrent sous un arbre, essoufflés. De sa main valide, Willan sortit les plans d’un fusil de sa poche : une large feuille pliée en quatre, quelque peu tâchée de sang. Il la tendit à son sauveteur en lui demandant de la garder dans sa sacoche, histoire de ne pas la perdre.
Ce dernier accepta en hochant la tête en signe de respect :
« J’savais même pas que tu les avais trouvés, dis-donc… On dirait que cette mission est une réussite ! »

Deux heures plus tard, un médecin était penché sur la main meurtrie de Willan, inspectant les blessures. Il était assisté du Professeur d’Arsgoth, un expert en chirurgie et en reconstruction des membres mineurs qui semblait passionné par ce cas.
« Oui, ne cessait-il de répéter, oui oui oui… On peut créer des phalanges de métal qui permettraient au sujet de retrouver sa prise, mais pour ce qui est de l’index, il ne pourra certainement pas le plier… Cependant, la reconstruction pourra être discrète et solide, oui oui oui… »

Une après-midi, Willan se réveilla sur un lit inconfortable aux draps blancs, les phalanges de la main droite transformées en des armatures de fer miniatures et l’index rigide. Il fixa sa nouvelle dextre, la tête vide, puis se laissa rêver. Une légère inquiétude prit alors son esprit en otage : comment pouvait-il expliquer aux Forbans qu’il avait les moyens de se payer une telle chirurgie ? Même si toutes ses dernières économies étaient passées dans cette opération qui lui paraissait indispensable, il y avait bien eu un moment où il les avait eues, ces économies.
Et cela risquait de ne pas plaire aux Forbans.

Aussi, quand « le Chef » se précipita sur lui le lendemain, présentant la volonté de le féliciter et de l’accueillir dignement, Willan se crispa. Il avait dissimulé ses deux mains dans des gants de cuir, mais il était inévitable que le dirigeant de la troupe désire voir sa blessure de guerre.
Le jeune homme tenta de s’esquiver habilement mais cela n’eut aucune conséquence. Très vite, « le Chef » imposa à Willan de lui montrer ses séquelles.
A la vue des phalanges de métal, le grand homme perdit son large sourire. Mais ce n’était pas un imbécile.
« Ah, je m’en doutais, mon Willy… Un garçon de ton âge qui s’y connaît aussi bien en marchandage, ça ne pouvait être qu’un gosse de riche. Mais qu’est-ce que tu fous chez nous, dis-moi ? »
« A vrai dire, tout ce qui me restait est passé dans cette intervention chirurgicale, Monsieur. Je suis ici parce que je veux être Forban. » répondit-il mal à l’aise et peu confiant.
« Le Chef » sembla réfléchir un instant. Il ne quitta pas les yeux clairs de Willan, tentant de lire ses pensées.
Il déclara enfin :
« Je vais être franc, mon Willy, avoir un gars comme toi, ça peut être utile. Je te crois sincère, les marchands d’Arrakis n’auraient aucun intérêt à aller jouer les espions chez nous et je n’ai jamais entendu parler de ta famille, alors comme quoi… Je vais te garder près de moi : j’ai toujours rêvé d’avoir un fils ! » plaisanta-t-il en lui assénant une violente claque dans le dos. « Allez, cache-moi cette horreur… »






Rang ~

Non, cher lecteur, « le Chef » ne mourut pas avec panache, ni au combat, ni rien du tout de particulièrement classe. Il se fit froidement abattre par un gang qui profitait du marché noir et pour tout vous dire, ce n’était pas la première fois que le dirigeant des Forbans disparaissait d’une telle façon.
Bref, il décéda un soir d’automne, plusieurs mois après que Willan ait accédé de manière officieuse au titre de « fils du Chef ». Ce n’était que par intérêt que ce dernier avait « adopté » Willan puisqu’il lui fallait un contact très étroit avec le cœur d’Arrakis et que plus le jeune homme était proche de lui, plus il oublierait ses idées réformatrices. Enfin, ça, c’était la théorie : « le Chef » ignorait que Willan était au moins aussi intelligent et manipulateur que lui, et qu’il savait parfaitement comment profiter de son nouveau rang. A 23 ans, Willan devint le nouveau Chef des Forbans, ayant été choisi par son prédécesseur lui-même, ce qui était une horreur sans nom pour les conseillers de longue date de celui-ci. Conseillers que le jeune homme s’empressa d’éliminer et de remplacer dès sa « montée au pouvoir », je précise.


Désormais entouré d’amis, Willan mit en place sa toute première règle le soir même de son avènement. Sans donner d’explication outre que « Je compte accepter des personnes de tous horizons : certains auront un passé qu’il sera nécessaire pour eux d’oublier. Et puis nous sommes de l’héritage des Fremens. » à ses conseillers, il instaura la règle du nouveau nom, impérativement dérivé de la langue Fremen.

Le lendemain, il réunit tous les Forbans à une grande cérémonie.

Willan prit place sur son fauteuil, fit bruyamment craquer ses doigts et déclara :

« Bien… Sachez tout d’abord que j’ai prévu quelques changements dans nos méthodes : ceux à qui cela ne plait pas peuvent nous quitter dès à présent.
Je vais toutefois commencer par quelque chose de simple et néanmoins nécessaire : je vais me faire une joie de vous choisir de nouveaux prénoms, vous comprendrez très vite pourquoi…
» Il passa sa main droite sur la couverture d’un pavé intitulé Les Fremens : langue, culture et histoire.
Dans l’assemblée, un grand nombre des Forbans grognèrent, ce à quoi Willan ne prêta pas attention. Non, au contraire, un sourire radieux et enfantin apparu sur son visage.
« On va commencer par moi… » déclara-t-il très fier de lui. Il ouvrit le livre et prononça haut et fort son nouveau patronyme : « Les amis, retenez ceci : je m’appelle désormais Muad’dib ! »

« Et qu’est-ce que cela signifie ? » demanda un premier curieux.

Muad’dib fit claquer la couverture et annonça solennellement :

« C’est une souris. »


Dernière édition par Muad'dib le Ven 1 Fév - 20:33, édité 6 fois
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Message Sujet: Re: Muad'dib, Chef des Forbans ~ | Sam 24 Mar - 19:40

Ah j'aime la façon dont est écrite cette fiche et j'adore la manière d'écrire les descriptions en incluant des personnages extérieurs. Magnifique ! What a Face

Ta fiche est-elle finie ? Hum j'aimerais juste, si possible, que tu décrives un peu les aptitudes/compétences de Muad'dib. Par exemple, expliquer s'il est plus doué pour le vol, le combat physique, à mains nues et le maniement de l'épée. Bref, tous les talents que tu jugeras utiles Wink




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Message Sujet: Re: Muad'dib, Chef des Forbans ~ | Dim 25 Mar - 14:16

Pas de souci, ce sera fait avant la fin du week-end !
Après ça, j'aurai fini ma fiche. Je crois. Oui. Ce sera fini. Very Happy
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Inverness
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Message Sujet: Re: Muad'dib, Chef des Forbans ~ | Dim 25 Mar - 14:44

D'accord =) Hum, j'y pense, les personnages que tu as inséré dans tes descriptions et ton histoire, tu peux très bien les proposer en prédéfinis à jouer si tu le souhaites smile

Oh et puis j'ai supprimé mon post qui trônais au milieu de tes deux messages pour la fiche x)




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Inverness
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Message Sujet: Re: Muad'dib, Chef des Forbans ~ | Dim 25 Mar - 18:48

C'est parfait ! Tu es donc officiellement Validé !




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Message Sujet: Re: Muad'dib, Chef des Forbans ~ | Dim 25 Mar - 18:54

OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !
Merci à toi, et c'est partiiiii ! ~

\o/
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Message Sujet: Re: Muad'dib, Chef des Forbans ~ |

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Muad'dib, Chef des Forbans ~




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